Si nous quittons l’Estuaire du Gabon pour nous
diriger plus au sud, vers le delta de l’Ogooué, nous rencontrons les
Oroungous du Cap Lopez et les Nkomis du Fernan Vaz.
La plus ancienne famille des Oroungous,
parvenue sur la côte, fut celle des Aboukoudondos. Elle construisit le village
Akouwionou, non loin de la rivière Akiri. Mais les plus grands villages de la
tribu furent sans contredit Ngola ( sur un des bras de l’Ogooué ) et
Assengatanga ( au fond de la baie de Nazareth ) qui eurent pendant de longues
années le monopole du trafic des esclaves.
N’osant s’établir dans l’île Mandji (
aujourd’hui appelée Port-Gentil ), les Oroungous s’y rendaient à des époques
déterminées pour la chasse et la pêche. Parfois ils poussaient leurs excursions
par terre jusque derrière la Iguézé ( Cap Lopez ) afin de recueillir les œufs
que les tortues de mer déposaient sur le sable ; mais ils n’osèrent jamais
doubler ce cap. Car nous dit le proverbe oroungou : « Iguézé avinwo onobé, Kao
otangani ». ( les Blancs seuls doublent la pointe Iguézé, les Noirs jamais ).
Superstitieux à l’excès, les Oroungous,
lorsqu’ils voyaient la mer trop démontée, pilaient ensemble des écorces
odoriférantes d’obamba ( croton oligandrum) et d’ibindo ( variété de dracéna
rouge) qu’ils offraient à l’ombwiri ou génie de l’endroit, pour l’apaiser et le
rendre favorable.
Doués pour toute espèce de commerce, les
Oroungous trafiquaient encore avec les Mpongoués auxquels ils fournissaient du
poisson fumé ou salé, de la farine de manioc, des nattes et des esclaves. Et
delà dura tant qu’un poste européen ne fut pas établi au Cap Lopez : Libreville
et presque tout l’Estuaire s’approvisionnaient d’esclaves par l’entremise des
Oroungous. Presque chaque mois, un énorme « Kongongo » ( grande embarcation
ayant l’avant ‘une pirogue et l’arrière d’un canot.) débarquait sur un point ou
sur un autre, à l’insu de l’administration, plusieurs jeunes enfants destinés à
ne plus revoir leur tribu.