En même temps que les Ivilis descendaient vers la
Ngounié, les Ishogos, Mitchogos ou Kangués émigraient également.
Leur aire d’habitation actuelle se trouve à la hauteur des lagunes
du Fernan Vaz, d’Iguéla et de Setté Cama. Montagneuse et boisée,
cette région est située sur la ligne de séparation de la Ngounié et
de ses lus grands affluents de droite, l’Ikoï et l’Ogoulou. Elle est
en outre sillonnée de nombreux cours d’eau torrentueux, prenant tous
leurs source au cœur même du pays Ishogo, dans les multiples chaînes
de montagnes qui le traversent du nord au sud et de l’est à l’ouest.
Descendant la pente abrupte de ces montagnes, tous
ces cours d’eau, entrecoupés de chutes et de rapides, sont
impraticables à la navigation, même à la simple pirogue. De là, un
très grand obstacle à la pénétration intérieure. En dehors de ces
torrents, aucune plaine, aucune steppe n’égaie le paysage. Partout
où les regards peuvent se porter, ils ne rencontrent que l’immense
manteau vert sombre de la forêt tropicale.
Les Ishogos recherchent en général les lieux les plus levés
pour y construire leurs villages. Grands spacieux, propres, bien bâtis, ces
villages sont tous très peuplés et groupés le plus souvent à de faibles
distances les uns des autres. Et plus on s’enfonce dans l’intérieur, loin de
l’influence délétère de la côte et des grandes rivières, les agglomérations
deviennent plus importantes et plus nombreuses. En pénétrant dans les vallées de
la Louga et de la Waka, on trouve plusieurs villages de quatre vingt dix à cent
cases. Le village Mogoumou, qui aurait deux ou trois ruelles
principales et une quantité de ruelles transversales. Ce qui
ferait supposer, par conséquent, une agglomération de cinq
ou six cent habitants.
Les Ishogos sont moins nomades que les Fangs, les Akélés ou les
Eshiras. Nous trouvons chez eux de vieux villages, comme Mbanga, dikoka, Mobégo,
Mandji, dont la date de fondation remonte à plus de cinquante ans, à peu près à
la date d’arrivée des Ishogos dans leur pays actuel. Quelques autres, comme
Pingo, Gessingo, Mobémo, dans le massif du Fimoungui, existaient en
1894, lors
du passage de S.G. Mgr Le Roy ( alors évêque du Gabon ) avec M. l’administrateur Godel et le R.P. Bichet, dans la boucle de l’Ogooué, de Lastourville à Samba,
passage dont les vieux Ishogos n’ont pas perdu le souvenir, car ils parlent
encore de la nombreuxe caravane de Blancs, venus de l’intérieur avec des hommes
à cornes ( allusion aux pittoresques coiffures des porteurs mindoumous et
bakotas venus du Haut Ogooué ).
Les ancêtres des Ishogos ont probablement habité autrefois
au-delà de l’Ogooué, non loin de la mer, tout à côté des Mpongoués. La guerre
les aurait forcés à passer sur la rive gauche de l’Ogooué où ils se seraient
établis d’abord auprès des Okandés, des Simbas et des Povés ; puis dans la
région comprise entre la Haut Ikoï et l’Ofoué, près des Ivilis et des akélés, au
pays de Mikolo. On peut encore voir dans ces parages, les emplacements de leurs
anciens villages : Piti, Mbaya, Gétamba, Mokandé, etc.. Les fréquentes razzias
de la turbulente tribu des Akélés les obligèrent à émigrer de nouveau, en même
temps que les Ivilis et les Ashangos.
Quelques uns s’arrêtèrent dans la vallée de la Louga, tandis
que d’autres se dirigeaient vers la Ngounié. Mais effrayés par les rapides de ce
fleuve, ils n’osèrent pas le traverser et remontèrent peu à peu vers le sud-est
pour se répandre sur les bords de la Waka, de l’Ikobé, et jusqu’au-delà de
l’Ogoulou et la Migolo, son affluent. Les plus hardis réussirent enfin traverser
la Ngounié, mais ils étaient en si petit nombre qu’ils ne purent résister aux
attaques des populations de cette rive. Ils rejoignirent donc le gros de la
tribu et s’établirent vers l’embouchure de l’Ogoulou, entre les Aponos et les
Ndjavis.
Ce nouvel exode des Ishogos fut fréquemment dérangé par les
attaques des Akélés. Mais cette fois, les Ishogos-Kambas, formant l’arrière
garde, mirent complètement en déroute les agresseurs, près du mont Montendé, et
cela, après s’être excités dans une grande danse fétiche, l’ »Epoboué ». en tout
cas, les Akélés n’eurent plus avec les Ishogos que les rapports bienveillants du
commerce. Intermédiaires entre l’intérieur et la côte pour les ventes
d’esclaves, ils trouvaient cet article en abondance dans la tribu des Ishogos.
Le trafic du bois d’ébène avait cimenté la paix.