D’où venaient ces nouveaux habitants ?
probablement du lac Onangué, dans le
voisinage des Galoas. Les plus vieux parlent encore de cette région et de
l’exode à travers l’Ogooué et la Ngounié vers les chutes de Samba ( le noms de
Samba et de Nagossi donné par les indignes aux deux grandes chutes situées en
aval et en amont de la série de rapides qui séparent les deux biefs navigables
de la basse et de la moyenne Ngounié, seraient paraît il les noms de deux
esclaves un homme et une femme immolés autrefois en ces lieux aux génies des
eaux).
Les ivéas ayant voulu exiger de leurs nouveaux voisins une redevance sur tous
les produits du sol, depuis les esclaves jusqu’aux fruits de la forêt, les
Eshiras acceptèrent, mais à la condition qu’à leur tour les Ivéas paient une
amende pour tout homme tombé accidentellement d’un arbre ou égaré dans la
brousse. Pour toute réponse, les Ivéas montrèrent un tison allumé ; ce qui
revenait à dire : « Décampez au lus tôt, sinon c’est la guerre ».
Les Eshiras continuèrent donc à remonter la rive de la Ngounié, en
s’éparpillant sur ses bords. Les Eshiras-Mossonga restèrent dans les environs
des chutes de Fougamou et Nagossi. Ils sont fortement mélangés d’Ivéas.
Les autres s’avancèrent jusque vers la Waka. Ils construisirent divers
villages : Bouali, Massanga, Dimoukou, Malimba et Kamba dont le nom est resté
aux Eshiras-Kamba.
Ce ne fut que plus tard qu’ils se hasardèrent à passer sur la rive gauche
pour y fonder les grands villages de Yombi, Ngoubi, Guilounga, Guissambi, etc..
noms qui servent maintenant à désigner les différents coins de terre du bassin
del’Ovigui.
Plus tard encore, en quête de terrains nouveaux, quelques Eshiras remontèrent
la vallée de l’Ovigui jusqu’aux grandes savanes du pays Ngossi, nom qui vient de
leur premier village construit dans cette région. Enfin, une autre fraction, les
Eshiras-Tandos s’étaient dirigés vers le Sud vers la Haute Ngounié.
Cette tribu fut d’abord très prospère, avec d’immenses agglomérations de sis
à dix corps de garde chacune. Mais la crainte des empoisonnements et la rivalité
de certains chefs la morcelèrent bientôt en une infinité de petits hameaux, tels
qu’ils existent aujourd’hui.
Lorsque les Eshiras vinrent s’établir sur la rive droite de l’Ovigui, toute
la rive opposée, les plaines environnantes et le puissant massif du
Koumou-na-Bouali étaient peuplés par les Akélés plus d’une fois, les Eshiras
eurent maille à partir avec leurs voisins. A la longue cependant, grâce aux
mariages, les deux tribus restèrent bientôt les seules habitants de splaines.
A l’heure actuelle, les Eshiras s’étendent de la Ngounié aux bords de l’Ofoubou
et du Mbari, affluents du Rembo-Nkomi ainsi qu’au Rembo-Ndougo où une fraction
importante de la tribu prend le nom d’Evarama ou Bavarama. Au sud-est, il
confinent au territoire des Aponos dont la langue est sensiblement la même.
Vers l’ouest, la population eshira est assez dense, à ce qu’il paraît.
Malheureusement, les nombreux engagements de manoeurvres pour les maisons de
commerce et les exploitations agricoles ou forestières du Fernan Vaz, de
l’Ogooué, du Cap-Lopez, du Como et de l’Estuaire du Gabon tendent à dépeupler
la contrée. Car une bonne partie de ces engagés ne reviennent plus au pays
natal. Aujourd’hui, on trouve, en effet, une multitude d’Eshiras, presque à
l’égal des Loangos et des Mayoumbas, vivant au chef lieu et dans les principaux
centres de la colonie.