Si nous repassons sur la rive droite de
la Ngounié, nous trouvons tout près des Ishogos, à l’ouest, la tribu des Apindjis.
Les Apindjis sont apparentés aux Okandés, du Moyen Ogooué, aux Simbas de
l’Ofoué, aux Ishogos, et très probablement aussi aux Ivéas.
La tribu Apindji habita longtemps la région comprise entre Ndjolé et Lélédi,
où on trouve encore un de leurs villages. Ils n’abandonnèrent cette contrée que
devant l’envahissement successif des Akélés et des Fangs, par conséquent à une
date relativement récente, trois ou quatre générations au plus.
Ils descendirent l’Ogooué jusqu’au confluent de la Ngounié et remontant cette
dernière rivière, ils s’installèrent vers les chutes de Samba, à l’endroit même,
disent ils, où s’élevait la mission de Notre Dame des Trois-Epis, un peu en
amont du poste de Sindara. Ils y restèrent deux ans environ et continuèrent leur
marche vers le sud. Nouvel arrêt d’un an environ vers les chutes de Fougamou et
Nagossi. Et c’est de là qu’ils partirent enfin pour aller occuper leur
emplacement actuel entre la Migabé et le poste de Mouilla, précédant ainsi de
plusieurs années les Ishogos qui, eux viendront par voie de terre.
Les Apindjis qui, assurément doivent se diviser en clan comme toutes les
populations gabonaises se distinguent surtout en ens de la rivière et gens de la
brousse ou bien encore en gens du haut de la rivière et gens du bas de la
rivière.
Une remarque curieuse et intéressante au point de vue ethnologique, c’est que
les Apindjis, Ishigis, Ivéas, Simbas et Okandés, qui ne parlent en somme que des
dialectes différents d’un seul et même idiome, forment une ligne à peine
interrompue des bords de la Ngounié aux rives de l’Ogooué en passant par l’Ilobé
et l’Oumba, le Haut Ikoï et l’Ofoué. C’est d’ailleurs ce que nous avons vu pour
les tribus de l’idiome « omyéné » : Mpongoués, Oroungous, Nkomis, Galoas,
Enengas et Adjoumbas, groupées dans le Bas Ogooué, de Lambaréné au Cap-Lopez et
sur la côte de Libreville au Fernan Vaz. Le même fait se constate encore pour
les populations de race eshira, s’étendant sur les rives de la Ngounié à la mer.
De même, les Adoumas, les Awindjis, les Ndjavis et les Atchanguis se suivent,
presque sans discontinuité, de l’Ogooué la Lolo et la Haute Ngounié au voisinage
de la Nyanga.
La fraction importante d’Apindjis que nous avons vu remonter la Ngounié se
trouve à l’heure actuelle dans un état d’infériorité notoire par rapport à leurs
frères restés sur l’Ogooué. Tandis que ces derniers soignent leur habillement et
leurs villages et fabriquent de belles embarcations, les autres ne construisent
que de misérables huttes, au milieu de villages malpropres et se contentent, en
guise de pirogues, de troncs d’arbres à peine creusés. Ils sont bien pourtant de
la même race que ceux de l’Ogooué : car ils possèdent comme eux la même habileté
nautique, l’amour de la pêche et malheureusement le peu de goût pour les travaux
agricoles. Il est vrai que les plaines Okandés sont si caillouteuses et si peu
fertiles qu’on conçoit aisément que les Apindjis de Lélédi préfèrent la pêche et
pagayage au travail des plantations. Mais les Apindjis de la Haute Ngounié n’ont
pas cette excuse.
Il faut dire cependant à la louange des uns et des autres que la pénétration
européenne leur doit beaucoup. Pagayeurs infatigables, ce sont eux qui ont
conduit avec les Okandés, Savorgnan de Brazza et ses successeurs jusqu’au pays
adouma, et encore actuellement, ils assurent le ravitaillement des factoreries
de la S.H.O., des postes de l’administration et des colonnes militaires, et
fournissent en grande partie les porteurs et piroguiers nécessaires aux missions
catholiques de la Ngounié et aux sociétés concessionnaires de la région de
Mouilla et au-delà.
Une autre remarque, déjà faite par le marquis de Compiègne à son premier
voyage dans l’Ogooué et qui est toute à l’honneur des Apindjis, c’est qu’ils
n’ont jamais consenti, ou du moins bien rarement, à livrer
leurs enfants en esclavage, bien que faisant ce commerce
avec les tribus voisines.