|
|


Dans la
grande région du Como où nous venons de voir
passer les mpongouè et séjourner quelques
familles Sékés, les Akélés ou Bakélés, tribu
turbulente et guerrière, étaient les vrais
maîtres du pays. Arrivés dans ces parages un
peu plus tard que les tribus précédentes,
ils ne descendirent pas jusqu’à la mer. Leur
centre d’habitat se rapprochait davantage de
l’Ogooué. Ils habitèrent longtemps le pays
compris entre le Como, le Bokoué, l’Abanga,
le grand Okano, la rive droite de l’Ogooué,
la lac Azingo, le Remboué et la Maga.
Les chefs
Akélés étaient riches et puissants.
Plusieurs d’entre eux sont restés célèbres.
C’est d’abord Nkomo Malongoué, qui donna son
nom au fleuve du Como ; puis Missomé du clan
des Sampopés ; Mbomo Mbondjou, fondateur du
village Okola ( Bas-Codo), qui eut un harem
de quarante femmes ; Mébénhé qui, mécontent
de ses épouses, se noya volontairement au
confluent de la Page et de la Bissgué.
D’où le
nom d’ »Atokédé-Mébénhé » ou « EtoiMébéngné »
donné à cet endroit. Il y eut aussi, à une
époque plus rapprochée, Nkolibandja, la
terreur de la Ngoumié, et enfin Ntambéngani,
qui fut aussi redoutable dans le Remboué,
avant qu’il n’émigra dans l’Ogooué, pour
s’établir en face du poste de Lambaréné.
C’est
chez les Akélés de l’Ogooué, à Talagouga,
près de Ndjolé, que les Méthodistes
américains, installés depuis longtemps à
Baraka ( Libreville ), tentèrent leurs
premiers essais d’évangélisations dans
l’intérieur. Mais ils y firent peu de
prosélytes, c’est pourquoi ils reportèrent
plus tard leurs soins sur les Fangs.
Des
commerçants anglais venant par le Remboué
trouvèrent une généreuse hospitalité chez un
de leurs grands chefs des environs de
Samkita. Mais les Galoas et les Enengas
surent si bien s’insinuer auprès des Blancs
et gagner leur confiance que ces derniers
quittèrent la région Akaté pour transporter
leurs comptoirs à Adolinanongo, et de là à
Lambaréné.
Ce qui
explique comment les Akélés sont restés plus
ou moins arriérés et réfractaires à la
civilisation.
Déjà au
temps de la traite des esclaves, les Akélés
n’eurent point presque point de relations
directes avec les trafiquants européens. Ils
recevraient les marchandises par l’entremise
des courtiers mpongouès ou oroungous,
auxquels ils remettaient les prisonniers
faits dans les razzias à main arme. Ces
incursions avaient surtout lieu chez les
tribus paisibles des Ashangos, Ishongos,
Ivilis, etc.
De cette
sorte, on se procurait, sans bourse délier,
en plus des troupeaux, des provisions et des
ustensiles de ménage qu’on enlevait en même
temps.
A l’heure
actuelle, les Akélés ont passé l’Ogooué pour
laisser la place aux envahisseurs fangs.
Longtemps ils ont lutté contre cette
invasion pahouine et lui ont barré le
passage. Mais finalement ils se sont sentis
trop faibles devant cette irruption
incessante et se sont vus dans l’obligation
de céder le terrain. Trois touées sont déjà
faites dans les lignes akélés, sur la
Ngounié, au lac Ezanga et dans le
Rembo-Nkomi : ce qui a permis aux
avant-gardes pahouines d’atteindre les
lagunes du Fernan-Faz, de Ngové et de
Setté-Cama.
Devant ce
débordement des hordes ahouines, les Akélés
se sont éparpillés un peu partout et nous
les retrouvons sous les dénominations
diverses de Ntomboli, Ongomo, Chakés,
Bandambomos et Mbangoués à Libreville, au
lac Ezanga, sur le Rembo-Nkomi, dans le
Bas-Ogooué aussi bien que dans le Haut, et
sur la plupart des tributaires de ce
fleuve : la Ngounié, l’Ofoué, l’Ivindo, la
Dilo, la Lolo, la Sébé, la Liboumbi, la Pasa
et jusque vers les sources de la Louessé,
affluent du Niari-Kouilou.
Une expédition militaire a signalé, il y a
quelques années, un fort groupe d’Ongomos,
au sud des sources du Djouah, affluent
gauche de l’Ivindo. Quelques agents de
commerce ayant pénétré dans ces mêmes
parages semblent y avoir découvert une
nouvelle peuplade de race akélé, les
Mahoungoués. D’autres explorateurs nous
fourniront sans doute des renseignements
plus précis sur ce point.


|
|