Ces trois peuplades ne forment avec les Ivilis de la Basse
Ngounié et les Batchanguis de la Haute Nyanga et de la Louessé qu’une seule et
même race.
Comme nous l’avons fait déjà observer, ces populations de race
Adouma, sauf les Ivilis, s’échelonnent sur une ligne presque continue, des rives
de l’Ogooué aux bords de la Louessé, en passant par la Haute Lolo, la Haute
Ngounié et la Haute Nyanga.
Les Adoumas, peuple riverain par excellence, sont les plus
civilisés de tous. Leur contact avec les Blancs date du temps où les premiers
voyageurs européens s’aventurèrent sur les rapides de l’Ogooué. Après les
Enengas et les Okandés dans le bas et le moyen fleuve, ils furent les grands
convoyeurs es explorateurs et des commerçants de la région.
En 1881, une mission catholique vint s’établir chez eux, sous
les auspices de M. de Brazza. Mais elle dut être abandonnée en 1897 et
transférée chez les Mindoumous de Franceville. Aujourd’hui, les Adoumas
regrettent le départ des missionnaires et ils les réclament à cor et à cri. Mais
comment les satisfaire avec la crise du personnel qui sévit depuis la Grande
Guerre.
Les Adoumas habitent le long du fleuve, aux abords du poste de
Lastourville, entre le grand rapide de Boundji à l’ouest et celui de Doumé à
l’est. Leur pays semble une vaste palmeraie, surtout en face de Lastourville.
C’est pourquoi ce poste fut d’abord appelé Madiville ( veut dire huile ). Il ne
prit le nom de Lastourville qu’après la mort de son fondateur M. de Lastour.
Longtemps les Adoumas eurent le monopole du trafic dans tout
le Haut Ogooué et ses divers affluents. A certaines périodes de l’année, ils
remontaient le fleuve pour acheter ou voler des esclaves ( à cette époque dans
le Haut Ogooué, un esclave s’achetait pour une perle polychrome, de la grosseur
d’un œuf de cane ), qu’ils revendaient ensuite aux Okandés, qui les passaient à
leur tour aux Enengas, et ceux di aux Oroungous, lesquels les dirigeaient sur
l’Estuaire du Gabon ou les trafiquaient sur place avec les négriers portugais,
espagnols et autres.
Aujourd’hui, les Adoumas s’enrichissent surtout par le
pagayage sur le fleuve. Mais bientôt peut être cette ressource leur sera
enlevée, car déjà quelques petits bateaux à vapeur ont réussi à franchir les
rapides et naviguent sur certains biefs.
Derrière les Adoumas se trouvent les Awandjis, dont un groupe
important s’est installé étalement sur la Liboumbi, à proximité des Ongomos et
des Bavoumbous.
Quant aux Ndjavis, qui les suivent, et que l’on confond
souvent avec eux dans une seule et même dénomination, leur principal centre
d’habitat va de la Lolo à la Ngounié. Les cartes en signalent un autre vers la
Louambitchi, non loin de Batchangui.
Ces derniers jouissent d’une grande renommée pour leur
habileté à travailler le fer. Je les ai entendu vanter aussi bien par les
habitants de la Basse Ngounié que par ceux du Haut Ogooué.
Les Awandjis et les Ndjavis avaient encore tout dernièrement
d’immenses villages. En 1911, j’eus l’occasion de visiter un de ces villages,
Ndongo-Bawandji, sur les bords de la Liboumbi : c’est le plus grand village que
j’aie jamais vu. Il pourrait avoir près d’un kilomètre de long. C’est un centre
de trafic important où se rendaient des gens de l’Ogooué, de la Lolo, de la
Ngounié, de la Nyanga et de la Louessé.. c’est paraît-il dans les environs de
cette vaste agglomération qu’arriva à l’explorateur Du Chaillu l’aventure que
nous avons relatée plus haut.
Les Awandjis et les Ndjavis passent pour une es races les plus
intraitables de l’hinterland gabonais. Il n’y a pas très longtemps encore, ces
peuplades étaient souvent en guerre.
Lorsque je visitai les Awandjis de la Liboumbi, j’arrivai vers
six heures du soir à l’entrée d’un village. Tous les guerriers étaient alignés
sur deux rangs et armés de sagaies. Ils craignaient sans doute une attaque «
de quoi avez-vous peur ? » leur criai-je. Aussitôt chacun de rentrer chez lui
pour déposer sa lance et venir ensuite causer « avec l’étranger qui parlait la
langue des Awandjis ».
Dans un autre village, je pus saisir, au cours de la
conversation, que mes hôtes n’attendaient qu’une occasion favorable pour porter
la guerre chez les Ongomos, leurs voisins.
A l’heure actuelle, sous l’influence de la pénétration
européenne, ces mœurs barbares s’adoucissent peu à peu et bientôt il faut
l’espérer, les Awandjis seront aussi maniables que leurs frères, les Adoumas ou
les Ivilis.
En terminant, je citerai un dicton Ivili qui montre que
Ndjavis et Ivilis sont frères de race ( si tu tues un Ivili, donne un Ndjavi à
la place et l’affaire sera terminée ).