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1910-1930
1940-2000

 

 

Écrit du Frère Hubert ( Directeur du Collège et Lycée Raponda Walker ) extrait de Souvenir d'un nonagénaire.

La biographie d'un homme marquant dont la vie a été longue et mouvementée peut servir de trame à l'histoire d'une longue période. C'est le cas d'un Talleyrand, d'un Mazarin. On peut dire aussi que c'est le cas de l'Abbé Walker que l'on a appelé la « Mémoire du Gabon ».

Il est né en 1871, donc du temps de Mgr Bessieux. Il a vécu sous l'épiscopat de Mgr Le Berre, ordonné par Mgr Le Roy aux ordres mineurs, et prêtre par Mgr Jean Adam. Il a travaillé au temps de Mgr Martrou et de Mgr Tardy. Il a pris sa retraite laborieuse sous Mgr Jean Jérôme ADAM et il est mort peu de temps avant le sacre de Mgr Anguilet. Il a connu des difficultés avec le président Léon Mba. Mêlé à toute la vie religieuse du Gabon, l'Abbé Walker prend ses assises dans le pays Mpongwé; il est le premier à avoir traité avec les Blancs; et par son père Bruce Walker, il est apparenté à ces commerçants anglais qu'intéressent les gens et les choses, explorent le pays et qui en écrivent....

« Souvenirs d'un nonagénaire » - le titre est de lui - nous font revivre des moments inoubliables. Bien qu'inachevées, ces notes sont très précieuses à tous ceux qui l'ont approché et aimé et qui sont restés sous le charme. Que l'on nous pardonne les redites que nous n'avons pas voulu supprimer car elles nous permettent de rester encore quelques instants avec lui. Avec une mémoire prodigieuse, il a revécu jusqu'à sa mort tout ce qu'il sait sur le Gabon qu'il a parcouru si longtemps en tous sens pour le partager avec nous.

Il s'appelle Ignace André Gervais Raponda Bruce Walker. Il est né le 19 juin 1871 à Ompindi Orove. Il fut baptisé à Sainte-Marie, le 30 juillet suivant. Son parrain fut François Mbongo, originaire du Haut-Ogooué.

Son père Bruce Walker, a été le fondateur et le premier directeur de la Firme Hatton & Cookson à Libreville. Il arriva au Gabon vers 1859. Il quitta définitivement ce pays en 1875. Sa mère, Agnorogoulè Ikoutou, décédée en 1912, était la nièce par sa mère, Ngouessoukou, du roi Louis Dowè, du clan Aghuékaza. Par son père, Raponda-Ndjèmbo, elle descendait du roi, Georges Rassondji, du clan des Agoulambas.

En 1875, mon père m'emmena avec lui en Angleterre, en passant par divers escales des possessions anglaises.

En Angleterre, il vécut à Southampton, chez sa grand-mère paternelle et commença à fréquenter l'école. Il y passa un hiver. Au bout d'un an, il revint à Libreville, via Fernando-Po. Revenu à  Libreville en 1876, l'année de la mort de Mgr Bessieux et du roi Denis, il entra à l'école de Sainte-Marie comme interne en 1877. Je fus reçu par le Père Stalter et par le Père Stoffel, supérieur de la cité missionnaire. Il n'y avait pas d'évêque. Mgr Le Berre, nouvellement nommé, s'était rendu en France pour son sacre. En mai 1882, il fit sa première communion, et fus confirmé quelques semaines plus tard par Mgr Le Berre. Cette même année, il commença l'étude du latin avec deux autres élèves à la mission Saint-Joseph des Bengas, au Cap Estérias. L'année suivante, ils furent rappelés à Libreville et réintégrés à l'école « Sainte-Marie ». En septembre 1886, il fût admis définitivement au petit séminaire, où il repris le latin et fit ses études secondaires. Comme il manifestait le désir de se faire prêtre, il eut de grandes difficultés avec sa mère, qui s'y opposait formellement. Elle s'en plaignit à l'administration, et il fut obligé de quitter le séminaire. Quelques jours plus tard, il se sauvât du village et trouva le moyen de poursuivre ses études jusqu'à la rhétorique. En 1892, il était majeur. Mgr Le Roy, nouvel évêque du Gabon, lui donna la soutane dès son arrivée. L'année d'après, le 29 septembre 1894, au centenaire de la mission, monseigneur lui conféra la première tonsure, en plein air; l'office se déroulait sous une tente dressée par la marine sur le fort d'Aumale. Par la suite il continua ses études de philosophie et de théologie jusqu'au transfert du séminaire à Sainte-Anne du Fernan Vaz. Là, je passai deux ans et fus promu au sous-diaconat et au diaconat. De retour à Libreville en 1899, il fût ordonné prêtre par Mgr Adam ( senior ) en l'église Saint-Pierre, le 30 juillet, lors du cinquantenaire de l'arrivée des Soeurs Bleues au Gabon. Parfois, il allât visiter les villages de la région habitée par les Bavilis, les  Bavéas, les Fangs et les Bakélés. En 1910, il quitta Sindara pour Franceville dans le Haut-Ogooué, en passant par Libreville, Port-Gentil, Matadi, Brazzaville, l'Alima et les plateaux Batéké.

Il descendit l'Ogooué en pirogue, à travers les rapides, d'abord des Mindumus, ensuite avec des Badoumas. A Libreville, il fût placé au séminaire comme sous-directeur et professeur. Il eût cinq élèves, puis trois qu'il conduisit de la sixième à la première. Ils entrèrent au grand séminaire et reçurent la prêtrise en 1923, le 15 août. De Libreville, il fût envoyé à la mission de Boutika ( Rio-Mouni ) en 1917, durant la première Guerre Mondiale. Il y trouvât tout au plus une dizaine de gosses.

C'est à Boutika qu'il commençât ses recherches sur la flore gabonaise. Du Rio-Mouni, il fût affecté à Donguila d'août 1921 à août 1926. De là, il reçut son obédience pour Lambaréné ( 1926 - 1929 ); ensuite de nouveau pour Sindara ( 1934 à 1934 ); puis à Saint-Martin, près de Mouila ( 1934 à 1941 ); et enfin en demi retraite au Fernan Vaz ( 1941 à 1949 ). C'est à son arrivée à Libreville qu'il prit définitivement sa retraite en la paroisse Saint-Pierre où il se trouve actuellement.

En 1950, il reçut la Croix de Chevalier de l'ORDRE NATIONAL DE LA LÉGION D'HONNEUR.

Il avait déjà reçu les Palmes Académiques; et monsieur Auguste Chevalier lui avait obtenu le titre de Lauréat de l'Académie pour ses divers travaux de Linguistique, d'ethnographie et de Botanique. Sur les conseils du Père Julien Macé, il entreprit son dictionnaire Mpongwè-Français en 1914. Il commença ses recherches botaniques au Mouni en 1917 et correspondit plus tard avec Monsieur le Professeur Auguste Chevalier de 1919 à 1963.

 

 

 

 

 

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